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vendredi 16 août 2013

Zombie Fashion Week ( épisode 10 de Des zombies dans le RER)

Retrouvez ici les épisodes undeuxtroisquatrecinqsix  SeptHuit et Neuf

 Dans l'obscurité, s'entraînait la dizaine d'usagers équipée de matériel d'escrime. C'était Holden qui menait le ballet : « l'avantage que nous avons avec l'escrime c'est que nous pouvons garder une certaine distance de sécurité avec l'ennemi. Le bras gauche, ou le bras droit si tu es gaucher, reste en arrière, le bras droit plié vers toi, et là tu l'étends, et tu vises entre les deux yeux, et tu forces suffisamment pour percer le crâne de ces saloperies, Tchak, en garde...»
Et la lumière fut !
Il fallu quelques secondes aux yeux des voyageurs pour se réhabituer à la luminosité, et ces quelques secondes de pause de pensées et de visions furent interrompues par les hurlements de surprise et de peur des voyageurs : les vitres étaient couvertes des visages de zombies, qui excités par la lumière et les hurlements se mirent à grogner, à taper, à grouiller plus intensément et surtout à essayer de pénétrer dans le train. Ces êtres décharnés au regard vide et blanc dont les mâchoires semblaient mastiquer sans fin poussaient et cognaient sur les vitres et les portes. Le bruit était intolérable, et ne laissait pas d'espace de pensée. Les escrimeurs se tenaient en cercle tournés vers l'extérieur et en garde pour être prêts à défoncer les monstres, les autres voyageurs s'étaient éloignés des vitres, on avait pris soin de poser des mains sur les bouches des hurleurs et des hurleuses afin de les faire taire, et de calmer si possible l'excitation des morts-vivants. Les costauds étaient près des portes, afin de les maintenir fermée, car si un écoulement se produisait dans le flux des zombies, les humains de ce wagon seraient perdus. Il s'agissait de tenir le siège.
Gloria, pour la première fois, prenait le temps d'observer ses ennemis. Elle les avait visualisés comme des squelettes reconstitués des cimetières souterrains et ancestraux de Paris mais la plupart d'entre eux étaient des cadavres à peu près frais. Elle reconnaissait les cadres moyens du RER qui malgré leurs membres décharnés portaient encore leur chemisette bleu ciel parfaitement amidonnée au pli de la manche, les secrétaires administratives avec leurs lunettes sans bord aux branches métalliques colorés avec leur coupe de catalogue de coiffeur des années 90 et leur pendants qui commençaient à accélérer le déclin de leurs lobes d'oreilles, les jeunes-hommes qui hier encore trempaient leurs cheveux dans le gel et leur corps dans l'Axe portaient des chemises moulantes à couleurs douteuses et inscription en anglais, et laissaient sous des jeans délavés et mal coupés apparaître leurs fessier dans des calbutes moulants Calvin Klein, les doudous africaines et les blédards en costume trois pièce violets, les touristes à bermuda, maillot de foot et croks... Elle pouvait encore reconnaître la population du RER B à son style vestimentaire et son caractère d'urgence demandant action immédiate de la part de la police de la mode... les vêtements n'avaient pas changé, ce qui avait changé c'étaient les corps. Damia chantait : « sous la chemise, il y a la peau » nous rappelant que sous l'absurdité du costume comme rôle social et comme seconde peau que nous portons il y a notre sensualité, notre animalité et une humanité plus profonde qui vit de peau à peau avec les autres, les proches et le monde des sens, mais maintenant il n'y avait plus de peau sous les vêtements. Il y avait des chairs à vif et en putréfaction, des ongles qui glissant contre les vitres se brisaient et restaient là, les bouts de derme tombaient comme de la pluie, et les cadavres en marche semblaient se délester de leur trop-plein de vie se vidant de leur sang désormais inutile.
Holden claqua des doigts devant les yeux de Gloria perdue dans sa contemplation du spectacle de la déchéance. Elle sursauta, et le regarda. Il lui fit signe de tourner sa tête vers la gauche... les portes qui connectaient les wagons ensemble étaient en train de s'ouvrir. Holden et Gloria se mirent en garde, quand venant de l'ouverture parvint une voix tonitruante qui gueula « Contrôle des tickets! ». Gloria mis sa main sur sa fesse gauche là où se trouvait habituellement dans ses jeans son pass navigo, mais elle avait oublié qu'elle s'était changée, et pensa ô horreur absolue, qu'elle l'avait laissé dans son pantalon ensanglanté sous le siège de la précédente voiture. Plus que les zombies, cette pensée lui donna un instant des sueurs froides... les zombies, à la rigueur, elle pouvait les défoncer tandis que les contrôleurs lui feraient 1: payer une amende et 2 : il faudrait qu'elle se rachète un pass vu qu'elle n'avait pas pris la version intégrale pour ne pas être fichée dans ses mouvements par la RATP, la SNCF, les services secrets français, et maintenant on le savait grâce à Snowden par la CIA ou la NSA, elle ne savait plus. 
Le contrôleur qui pénétra avec son pantalon carotte en tweed vert kaki et sa chemisette ridicule eut un mouvement de recul voyant Holden armé et prêt à tuer, et ce mouvement de recul fût sa perte, car ses collègues derrière lui: la fille à dread locks avec sa chemise mal ajustée à cause de ses trop grosses épaulettes, le gros black dont le ventre faisait exploser les boutons de sa chemisette, la vieille au cheveux violets en brosse (coiffure originairement attribuée aux fleurs d'artichauts), et le petit mec de cinquante balais avec son armée d'accessoires de ceinture et de porte-clefs, eux avaient été zombifiés, donc ils l'attrapèrent et le mordirent aux épaules. Du moins deux d'entre-eux, les autres avançaient, toujours aussi organisés que pour contrôler les tickets, mais cette fois ils étaient là pour manger des cerveaux.
Holden connaissait ses classiques francophones et en dépliant le bras pour porter le premier coup fatal à la contrôleuse rastafarienne il dit «Et à la fin de l'envoi je touche» tchak ! Elle s'écroula, et autant que faire se peut Lisa et Gloria imitèrent Holden pour se débarrasser à la fois de la victime et de ses deux agresseurs, pendant qu'Holden se chargeait des cibles plus mouvantes. Lisa dont le sang froid et la capacité d'action ne cessaient d'épater ses partenaires «c'est l'adrénaline ! » avait profité de l'ouverture des portes pour jeter un oeil derrière le groupe de zombies kakis. Et c'est la larme à l'oeil qu'elle put bien remarquer que le prochain cercle de l'enfer qu'elles voulaient traverser avait été décimé et rendu grouillant par le petit groupe d'hommes et de femmes de la RATP. « Quand on en aura fini avec ceux-là faudra que tu te plaigne à la RATP que les contrôleurs ont essayé de nous bouffer ! ». Ils n'avaient pas sitôt refermé les portes et repoussé les agents au purgatoire des wagons que c'étaient les portes de l'autre côté qui s'ouvraient pour laisser passer un zombie probablement d'un millésime moins contemporain car il portait des cuissardes de cavalier, sur pantalon jodhpurs et chemise de lin. Impeccablement stylé bien qu'intensément décomposé, il avait un monocle vissé à celui de ses yeux qui ne pendouillait pas et une petite moustache à la Clark Gable. Lisa poussa un cri du coeur : 
« Oh My God ! Un zombie vintage! »

Et toujours: merci à Marie Minute dont vous devez découvrir le formidable blog, pour sa relecture attentive de ma prose.
Liste des épisodes parus : undeuxtroisquatrecinqsix  SeptHuitNeuf et Dix




vendredi 26 juillet 2013

Le réseau contre-attaque ( épisode 8 de Des zombies dans le RER)




 Retrouvez ici les épisodes undeuxtroisquatrecinqsix et Sept

À peine entrées, elles restèrent dos et sac-à-dos tout contre la porte. L'obscurité n'était pas totale, de-ci de-là des écrans éclairaient des visages qui ressemblaient aux planètes étranges qu'on aurait pu apercevoir dans une autre galaxie. Ces têtes étaient si pâles et sans vie qu'il vint à l'idée de Gloria que les zombies pouvaient s'intéresser à internet et aux jeux vidéos. En bruit de fond on entendait les mouvements parasitaires d'une « dance » hystérique que quelqu'un devait écouter trop fort avec un casque de mauvaise qualité. Ça sentait l'Axe, la friture, la transpiration, et ce parfum féminin que Gloria ne connaissait pas par son nom mais par son odeur acide, acride, qui la prenait à la gorge à chaque fois qu'elle en percevait la senteur dégueulasse. ça ne sentait ni le sang, ni la chair pourrie. 
« Gling » et « gling » et « gling » cette guirlande de bruits venant de son portable fit fuir dans l'instant toute chaleur de son corps, lui serra la poitrine jusqu'à l'explosion, pour remplacer le tout par du chagrin. Lisa, à côté d'elle, pâle comme un linceul prépara sa casserole et son marteau. Aucune des planètes ne leva les yeux vers elles, et dans l'immobilité obscure d'autres portables se manifestaient auxquels leurs propriétaires répondaient: « Ouais on a été coupé... Nan je ne te faisais pas une blague... On a tenu les portes avec Mimoune pour les empêcher d'entrer. Y'avait un gars là, un mec tout greums avec des lunettes et une voix de meuf qui arrêtait pas de nous expliquer des trucs pendant que les zombies poussaient... ouais il était relou, mais attends... » la voix féminine se mit à chuchoter mais elle ne savait pas faire, tous ses mots se distinguaient parfaitement: « C'est un peu horrible ce qu'on a fait et y a ses copains qui nous font la gueule maintenant... Quand l'attaque a eu lieu on s'est tous parlé, mais là ils font semblant d'être absorbés par leurs tablettes... Mais bon je te raconte, t'es pas patiente... Donc, attends j'ai un double appel... ouais... c'est ma mère, je lui réponds, je te reprends après... allo maman... Mais je ne sais pas Maman... Il est neuf heure du mat' sans déconner, tu crois que je peux répondre à ça à 9h du mat' ?... De la pizza... Mais, putain, pourquoi tu me demandes si tu as déjà décidé ? Bon je te rappelle plus tard, j'étais en ligne avec Nathalie...
 Ouais t'es là ?... Bon je disais quoi ?... Ah ouais, donc voilà mon chéri et moi on essayait que les portes elles s'ouvrent pas donc, et les autres gens du wagon, ils essayaient de tenir les autres portes aussi... parce que quand on est arrivés à Luxembourg et qu'on a vu cette foule de barges, bah je te jure que j'étais pas fière et que tu vois Mimoune il m'a fait regarder tous les épisodes de The Walking Dead et que j'avais pas envie de finir en pâté pour zomezome, tu vois... Oui le gars, donc il parlait, en plus il ne s'adressait qu'à moi, genre « y'aurait moyen » Mais grave pas, gars, t'as vu ta tronche et ton look? Les mecs ils ne se voient pas, je te jure... Bah attends je te dis... Bah y a un grand costaud, il s'appelle André qui lui a dit de nous laisser nous concentrer, l'autre continuait à Jacter et il devenait vulgaire... Si, si... Il a dit que dans dix minutes je le sucerais sur la banquette parce que j'ai un gros cul et qu'il kiffe les gros cul, moi je lui ai dis « c'est pas parce que tu kiffes les gros culs, que les gros culs te kiffent... c'est pas réciproque connard » là il a sorti son canif... Si, si je te jure! L'était tout ptit!... hé hé ouais sûrement... Nan mais arrête tes conneries, nous on luttait contre les zombies qui essayaient de rentrer et le geek là, il avait une montée de sève, et il pensait qu'il allait pouvoir me prendre là comme ça, comme un chihuahua qui s'attaque à la jambe de sa maîtresse... Ouais, ouais, il a pété un cablo... hé hé, il m'a vue en réincarnation de Buffy et ça lui a causé une érection et une rupture d'anévrisme ou un truc comme ça, parce qu'il était dangereusement con... Ouais ou il avait peur de mourir puceau... Oups ! ...Donc comme il ne voulait pas se taire et qu'ils nous empêchait de nous concentrer... je te jure même ses potes lui disaient de fermer sa gueule, bin André nous a dit de lâcher un peu les portes, il a pris le ptit gars squelettique et il l'a balancé aux zombies, bin crois-le ou pas, ils ont arrêté de nous soûler pour le becqueter et on n'a plus eu besoin de tenir les portes... et là le train s'est mis en marche, et André a dit qu'on avait encore 4 nerds pour les prochains arrêts, et c'est là que les gars on ne les a plus entendu et depuis ils nous font la gueule... Ils ont pas d'humour ces gens-là je te jure...» Gloria cessa d'écouter l'histoire de la jeune-femme et regarda ses messages.
Sur twitter elle avait été retweetée mais elle ne semblait pas être prise au sérieux. Beaucoup de twitterers écrivaient : « Ah ah c'est sûr que le matin les gens ressemblent à des morts.», «le RER m'a tuer», «le RER m'a bouffé le cerveau», « Mon cerveau a cuit et je suis devenu un zombie»... Mais en dehors de ces messages là, beaucoup des gens qu'elle suivait et qui généralement critiquaient le RER envoyaient des tweets de ce style : «aaaaaaaxnnnnnneghfqisjoazndugfk<ouffff,qhugfyzgdiaioodlqqqq »...

Merci à Marie-Minute de corriger mes fautes :-)
Liste des épisodes parus : undeuxtroisquatrecinqsix  SeptHuitNeuf et Dix

jeudi 25 juillet 2013

Stratégie dans le souterrain ( épisode 7 de Des zombies dans le RER)



Retrouvez ici les épisodes un, deux, trois, quatre, cinq et six


« ça n'est pas cohérent, s'arrêta Gloria, les gens auraient pu descendre à St-Michel... on dirait qu'ils ne remarquent rien, que ça ne change rien à leur quotidien, même s'il y a des cadavres qui jonchent le sol... et ça pue la mort. » « Oui mais tu as vu les gens? répondit Lisa, c'est le matin, personne ne parle, ils dorment à moitié ! Quand tu as crié « au loup !», ils t'ont regardé comme une folle. Si ça ne rentre pas dans leurs cases et qu'ils ne comprennent pas, et bien ça n'existe pas, et c'est tout! ». « Oui mais nous, pourquoi on s'est planqués ? pourquoi on n'est pas passés par le quai pour aller prévenir le chauffeur, et pourquoi on n'a pas tiré l'alarme? Elle reprend son souffle pour exprimer plus lentement la question qui la taraude : « Et là... on dirait qu'il n'y a plus de zombies... On va arriver à Châtelet, on va sortir du RER... Il y aura tous ces cadavres et nous on sera emprisonnés pour meurtre, parce que qui nous croira?... Il n'y avait pas de zombies à St-Michel! »
Lisa pose son sac à dos sur un strapontin propre: « Tu sais quoi, on va continuer notre avancée, on va au moins aller à la prochaine voiture, histoire de ne pas descendre d'un wagon plein de chair humaine, d'accord ? Mais avant ça, on va se changer. J'ai des lingettes, tout ça, et je vais te prêter mes vêtements, comme ça on n'aura pas l'air de meurtrières et si on peut sortir à Châtelet, s'il n'y a pas de zombies à Châtelet, ils se débrouilleront sans nous pour chercher à comprendre cette histoire ! ça te va? » Gloria fit oui avec la tête. Lisa lui tendit des lingettes, et elles s'essuyèrent le visage en regardant leur reflet dans les vitres taguées au cutter du RER B. Lisa avait une bouteille d'eau minérale. Elle bu et s'en versa sur la tête pour faire glisser le sang de ses cheveux, Gloria en fît autant. Toutes deux reprenaient visage humain. Lisa passa un short et un teeshirt à Gloria qui se déshabilla et roula ses anciens vêtement sous un siège. Dans son sac, elle avait une paire de converse, et elle abandonna ses escarpins, pour les enfiler. « J'avoue que j'avais mal aux pieds avec ces trucs, mais ils étaient beaux... enfin...avant! ».
Tout à coup le train s'arrêta et l'électricité fut coupée. Gloria utilisa son portable comme lampe, et Lisa referma son sac qu'elle remit sur le dos. Elle se réarma du marteau et de la casserole, et Gloria de l'appareil photo. Elles étaient à l'affût. En silence elles saisirent cette opportunité pour se transbahuter dans le wagon suivant. « Pschitt » fit la porte coulissante. Dans l'obscurité étouffante un frisson leur parcourut l'échine. Ni l'une, ni l'autre n'auraient pu expliquer cette sensation, mais dans la chaleur, le froid et la peur avaient gagné leurs âmes. Quelque chose semblait se déplacer dans l'air, une rumeur, comme l'écho lointain de hurlements. Lisa se colla à Gloria : «  Peut-être qu'on devrait marcher dans le tunnel, revenir à St-Michel et sortir par là-bas? ». Mais l'écho semblait venir des deux côtés, des cris déchirants les prenaient en sandwich, et plus elles tendaient l'oreille plus elles percevaient la spécificité des douleurs humaines, et celles des grognements.
« Que fait-on? » chuchota interrogativement Lisa
« j'ai une idée absurde... Pour survivre en temps d'apocalypse zombie, il faut s'éloigner des zones d'habitation urbaine... Je n'ai pas de voiture... et même si j'en avais une... fuir par la route, ça signifierait être coincée dans les embouteillages... tandis que si on peut prendre le contrôle du RER on pourra rejoindre une banlieue campagnarde ou arrêter le train au milieu de nulle part. Peut-être que le train peut même rejoindre les lignes de TER et qu'on pourrait aller jusqu'à la mer... prendre un bateau... »
« Tu divagues ! » affirma Lisa.
«... Je ne sais pas conduire, mais je sais naviguer. En tout cas, il faut rejoindre le conducteur et faire en sorte que le train ne s'arrête pas à Châtelet, ni à Gare du nord. Il ne faut pas qu'il s'arrête à une gare souterraine sinon on ne s'en sortira jamais.  Et dès qu'on passe Châtelet je pourrais appeler une copine obsédée par les zombies, elle s'arrange pour trouver une voiture et on la retrouve avec tous ceux qu'on aura pu joindre à ce lieu de rendez-vous... Mais d'abord il faut rejoindre le conducteur. »
« Ok, chuchota Lisa, ton plan est poétique, mais imagine que le chauffeur est mort, qu'il est devenu zombie ou bien qu'il n'a pas le contrôle du train, que c'est une sorte de système semi-téléguidé. Ensuite les voies sont probablement bloquées, ça n'est pas un plan réaliste, et là il faut survivre. »
« le train nous protège des zombies, ça nous emprisonne avec eux si on est à l'intérieur, mais c'est plus facile à défendre que de se balader dans le noir dans les tunnels. Pour l'instant il est arrêté donc, nous, on peut avancer, et si le chauffeur est mort on pourra toujours tenter de communiquer avec sa radio, il doit bien en avoir une, et se faire guider dans les tunnels pour atteindre des escaliers qui mènent à l'extérieur. Là ça te semble moins poétique comme plan? »
« Là oui, j'ai l'impression que tu saisissais l'opportunité d'une attaque zombie pour passer à l'acte et vivre des fantasmes anarchistes! »
Gloria explosa de rire et dit «  bien vu! », mais son rire fît écho sur les parois du tunnel, se déforma, devînt diabolique et effrayant, et les grognements leurs semblèrent tout à coup plus proches, plus forts, plus rapides. Sans hésiter, un seul instant, sans se demander ce qui les attendait de l'autre côté, elles ouvrirent le passage vers le wagon suivant...
À suivre
Merci à Marie Poisson Rouge, ma secrétaire de rédaction.
Liste des épisodes parus : undeuxtroisquatrecinqsix  SeptHuitNeuf et Dix


mercredi 24 juillet 2013

Girls just wanna have fun ( épisode 6 de Des zombies dans le RER)

Retrouvez les épisodes un, deux, trois, quatre et cinq .
« À combien de voitures tu crois qu'on est de la cabine du conducteur? » demanda la blonde alors que les deux filles franchissaient les portes entre les wagons du train qui s'était mis en route. Sur la petite plateforme entre les deux voitures, le vent du tunnel vrombissait dans un vacarme d'enfer et c'est avec certitude que Gloria hurla : «  J'en ai aucune idée! ». Cette fois la vitre était claire on pouvait voir à travers, les deux filles avaient le nez collé dessus et observaient comme à l'aquarium municipal des zombies qui déambulaient au milieu des cadavres. « Gloups! » fit Gloria.
 Sa voisine lui dit « Moi c'est Lisa, et que tu me crois ou non j'ai fait un camp de survie de lutte contre les zombies, et là faut qu'on traverse ». « Moi c'est Gloria, répondit-elle d'une voix fluette », « Quoi ? Hurla Lisa », « Gloria, hurla en retour Gloria », «  Voilà c'est vachement mieux comme ça! ». Lisa avait un accent québécois à couper au couteau. « T'es touriste? Affirma Gloria... Tu devrais mettre ton sac-à-dos sur le ventre, ça ferait bouclier ! », « Ouais mais sur le dos ça leur permet aussi de pas m'chopper par derrière ! Tu vois là les grosses valises abandonnées par les touristes morts? » « Oui! » « Bin on va entrer le plus silencieusement possible et on va les attraper pour en faire des boucliers. Bon moi des zombies j'en compte 4, mais ceux-là par terre, ils peuvent se transformer alors au fur et à mesure on leur écrabouille la tête, Ok ? On fait comme les cops dans les films, on avance dos à dos et on couvre toute la surface, on a pas de temps à perdre... y a beaucoup de monde au prochain arrêt? » « À St-michel ? Grave ! », « Ok t'es prête? ». La double porte s'ouvre lentement dans son souffle pneumatique asthmatique, Gloria et Lisa restent immobile mais prêtes à bondir attendant une réaction des morts-vivants. Les quatre zombies continuent à déambuler comme des poissons dans leur bocal, ou des personnages de jeu vidéo coincés face à un mur. Gloria et Lisa se mettent en marche. Le sol est jonché de cadavres, et en même temps qu'elles avancent vers les grosses valises à roulettes corsetées dans quinze tonnes de cellophane, elles regardent l'état des morts.
 Certains ont la tête explosée ou dévorée, mais lorsque ce n'est pas le cas, Lisa qui a emprunté à Gloria son marteau fait de la bouillie de ce qui leur reste de visage, et Gloria enfonce le talon de ses escarpins dans leur crâne. Les deux grosses valises bloquent le passage. Gloria ne peut pas s'empêcher de penser à quel point elles ont dû faire chier les autres voyageurs. Lisa se faufile pour se cacher derrière la première et la pousse vers l'avant, Gloria juste derrière elle tient l'appareil photo par le zoom, elle l'a bien en main, il ne va pas falloir faiblir. En s'approchant du premier zombie qui se met à grogner et à accélérer vers elle Lisa qui tient d'une main la casserole et de l'autre le marteau, se lève d'un coup, lâche la valise ouvre les bras et se sert des deux instruments comme d'un marteau et d'une enclume. La tête du zombie fait un bruit de steak haché sous plastique qu'on écrabouille du pied, et comme Lisa remet ça il y a comme un bruit de gong qui sort les autres morts-vivants de leur léthargie déambulatoire... Il n'y a pas une seconde à perdre le train va entrer en gare de St-Michel, Gloria avec une énergie et une passion qu'elle ne se connaissait pas abandonne la grosse valise pour défoncer la tête du premier zombie qui vient vers elle d'un coup d'appareil photo qui le fait tomber à terre. Puis elle lui marche sur le crâne pour s'attaquer au prochain pendant que Lisa fait résonner son gong pour tuer la femme obèse qui se précipitait pour lui dévorer le cerveau. Splash, gong, c'est sa mélodie, tandis que celle de Gloria est paf, scriiitch...SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZ !
Le train va entrer à St-Michel, il ralentit. Julie chuchote « il n'y a pas moyen qu'on tienne à deux toutes les portes, alors planquons nous. » Elles reprennent place derrière les valises. Gloria jette un oeil dehors comme il est 8h45, c'est l'heure qu'elle voit affichée sur le quai, elle pourrait encore se rendre à son entretien. C'est étrange de se dire qu'après avoir tué des zombies on pourrait reprendre la vie de tous les jours. Bien sûr elle n'est plus du tout présentable son chignon n'a pas supporté sa rage, sa chemise blanche, comme son jean sont maculés de sang, de sueur et d'amas gélatineux rouge, ses escarpins autrefois beiges sont maintenant sanglants... Il n'y a pas de doute dans cette tenue de tueuse personne n'hésiterait à l'engager. Cette pensée la fait sourire.
Il est 8h45 à St-Michel Notre Dame, et le quai n'est pas trop peuplé. Avec un peu de chance personne n'entrera dans leur wagon. Cachées les filles entendent une des portes qui souffre. Il n'y a pas de grognements dehors. Tout semble presque normal. Une voix tonitruante déclare: « What happened here? It stinks, no wonder there is no one in this car ! Let's get to the next one ! ». Pour Gloria et Lisa il se passe la même chose que quand dans un métro bondé on s'aperçoit qu'il y a trois places libres, mais en s 'approchant on découvre que la troisième est occupée par un SDF qui sent très mauvais, et que les gens préfèrent s'agglutiner en se bouchant le nez plutôt que de s'asseoir. Lisa se rapproche de Gloria et dit « on dirait qu'il n'y a pas de zombies, on devrait peut-être sauver nos peaux et sortir de là pendant qu'il en est encore temps.  Et je te paie une bière ! » Sans hésiter Gloria se lève pour sortir.
 Mais le signal du départ sonne, et ni elle ni  Lisa n'ont le temps d'atteindre les portes. Quand le train démarre elles sont toutes les deux debout, dépitées, ensanglantées et regardent les gens qui ont couru sur le quai pour monter dans ce RER et ont raté le train de l'enfer. « Tabernacle ! dit Lisa, on aurait pu boire une bière », à cela Gloria répond: « on avance? »
à suivre...
Et merci à Marie-Minute d'être ma secrétaire de rédaction :-)
Liste des épisodes parus : undeuxtroisquatrecinqsix  SeptHuitNeuf et Dix




mardi 23 juillet 2013

"Train arrêté entre deux stations, merci de ne pas descendre sur la voie" (épisode 5 de Des zombies dans le RER)



 Retrouvez ici les épisodes un, deux, trois, quatre
Cela faisait maintenant une demi-heure que le RER était coincé entre les gares de Luxembourg et Saint-Michel. Le blackberry de Gloria ne captait pas, elle n'avait pas de réseau, ici il n'y avait jamais de réseau. La chaleur dans le wagon devenait étouffante, toujours assise sur son strapontin en vinyle, Gloria sentait de grosses gouttes couler le long de ses cuisses, mais ni elle, ni personne ne se plaignait. Le comptable qui avait été mordu suait abondamment, et un gamin de 17 ans avec un regard de tueur le fixait.
Au bout du wagon les doubles portes pneumatiques s'ouvrirent et un homme armé d'un piquet de tente sanglant entra. Il traversa le wagon en silence et si tout le monde le suivait du regard, personne ne dit rien, ils ne voulaient pas savoir... Mais Gloria si: « c'est comment dans le reste du RER? Vous avez traversé combien de wagons? Vous allez où? ». L'homme se retourna vers elle. Il devait avoir une trentaine d'années mais il semblait avoir pris mille ans dans la dernière heure, son regard était épuisé. Il portait la chemisette bleue des jeunes papas qui travaillent pour moins de deux milles euros dans un boulot d'avenir: la banque, l'ingénierie whatever. Il regardait Gloria abasourdi, le spectacle de cette petite brune assise sur un strapontin les talons dans une flaque de chair et de sang armée d'un appareil photo et d'un marteau. Il répondit « quoi? » puis se reprit «  je vais chercher des secours... une femme s'est fait arraché le bras dans notre wagon... je vais voir le chauffeur, il faut que les pompiers viennent... » la panique qui montait en lui fit craquer le silence comme un vieil oeuf pourri. L'homme qui avait été mordu hurla «  Oh mon dieu, oh mon dieu, j'ai été mordu par une tête décapitée!» Et le gamin qui le fixait depuis tout à l'heure dit :«  Toi tu ne bouges pas, quand tu tourneras je m'occuperais de ta gueule! » posé à côté de lui il y avait une bande dessinée, un exemplaire de The Walking Dead.
 Le comptable se mit à paniquer «  oh mon dieu, oh mon dieu, il faut aller chercher des secours! ». Gloria dit au banquier « je viens avec vous! ». Elle ouvrit la première double porte entre les wagons, l'homme la suivît. « Je m'appelle Steven, dit-il » elle répondit ironiquement en tendant sa main « enchantée, moi c'est Gloria ». La première porte se referma derrière Steven et Gloria. « à tout hasard, vous n'avez pas été mordu? » demanda-t-elle « Non! » affirma Steven. Gloria avait joué les fières à bras, mais entre deux wagons avec la nuit autour et une sorte de silence plein, elle était envahie par la terreur. Elle souffla lentement pour se donner du courage. Steven regardait à travers les vitres mais elles étaient couvertes de sang. 
Il posa l'oreille contre la porte « Normalement ils grognent. Gloria se mit à claquer des dents, elle se disait « pourquoi je ne suis pas restée sur mon strapontin? » Elle n'avait pas fini de mentalement prononcer cette phrase que la porte pneumatique s'ouvrait laissant glisser lentement un cadavre qu'on avait laissé là. Ce mouvement amorça un cri de guerre « Ils reviennent à l'attaque » et Steven eut à peine le temps de crier « Nooooooooon! » qu'il se prit un coup de couteau dans l'oeil, Gloria hurla. Le jeune garçon qui avait attaqué Steven n'en croyait pas ses yeux, il recula et laissa tomber le couteau en disant «  je suis désolé, je suis désolé! » pendant que Steven s'écroulait au même rythme que le cadavre qui venait de glisser entre les portes. Gloria passa par dessus lui. Tout le monde dans le wagon la regardait, son coeur battait à 200 à l'heure. Il y avait ce jeune-garçon qui venait de tuer Steven qui était prostré dans un coin entouré de ses copains, qui lui disaient « Tu ne pouvais pas savoir! » et l'un d'eux se retourna vers Gloria et dit « vous auriez pu frapper! ». Le sol était jonché de morceaux de cadavres. Gloria qui avait la gorge prise dit d'abord faiblement puis plus fort « il faut prévenir, le conducteur, il ne s'est pas déplacé quand l'alarme a été tirée, lui c'était Steven, on allait le prévenir, je ne peux pas y aller toute seule j'ai trop peur, il faut qu'on y aille à plusieurs, s'il vous plait... »... Gloria se rendit compte qu'elle sonnait comme une mendiante, et que les gens assis dans ce wagon avaient détourné leur regard d'elle comme si elle leur avait demandé un travail ou des tickets restos. Cette réalisation la remis d'attaque « hé ho je ne fais pas la manche-là! Qui vient avec moi pour qu'on puisse prévenir le chauffeur... sortir de la zone habitée, et s'en sortir en se protégeant à la cambrousse? Si nous voulons nous en sortir il faut s'entraider, en plus on est pas sûrs que ce qu'on sait des zombies est vrai, mais au cas où vous auriez des doutes, il faut viser la tête! » Une jeune-femme blonde qui avec un gros sac à dos se leva et dit « moi je viens avec toi, j'ai une casserole, on pourra se défendre. Le problème c'est qu'on ne peut pas communiquer avec les autres wagons... » Gloria dit « je viens du wagon juste avant, et il y a juste un type qui a été mordu, mais un jeune fan de The Walking Dead l'a à l'oeil, je ne sais pas d'où venait Steven, je ne sais pas combien de voitures il avait traversé, je sais que dans la voiture d'où il venait, une femme s'est fait arracher le bras... »
Le discours de Gloria fût interrompu par le crépitement de la radio du conducteur « Mesdames, et messieurs il semble que notre train va pouvoir repartir, merci de votre patience ». La fille au sac-à-dos de camping, dit « maintenant il ne faut pas tarder! » elle sortit sa casserole de son sac et se mit en route vers la prochaine voiture. Gloria la suivit.
Fin de l'épisode 5
Merci à Marie-Minute ma secrétaire de rédaction.
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