Affichage des articles dont le libellé est RER. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est RER. Afficher tous les articles

lundi 12 août 2013

Danse macabre ( épisode 9 de Des zombies dans le RER)

Retrouvez ici les épisodes undeuxtroisquatrecinqsix  Sept et Huit
Dans l'obscurité de la voiture de RER, où seuls les écrans des nerds, et la conversation de la voyageuse éclairaient la nuit d'angoisse, commença à parvenir aux oreilles des passagers une rumeur dangereusement angoissante. C'était comme une symphonie de murmures et de grognements. Elle était accompagnée d'un mouvement non mécanique du train et d'un cliquetis de doigts et de dents. La rame paraissait être recarrossée comme de la pâte à modeler métallique sous la pression de milliers de doigts décharnés. Gloria chuchota dans un souffle urgent, glacé et rauque : « fermez toutes les fenêtres » et elle vit les ombres du train se précipiter pour abaisser les vitres. Leur fpoum traditionnellement aussi bruyant qu'un coup de masse sur un tambour semblait accélérer et rapprocher les claquettes morbides et le coeur de Gloria en avait le hoquet. Des images de danses macabres du moyen âge éclataient dans sa tête comme des bulles de savon et explosaient en elle la musique famélique et rythmée qui l'avait obsédée dans son enfance : le bal en fa dièse mineur, chanté par Angelo Branduardi : «Je suis la mort des hommes, je porte couronne...toi maîtresse du monde soit bienvenue dans nos maisons, pose ta faux au creux de nos musiques, prends place dans nos danses et si tu danses encore, toute la mort sera morte à l'aurore... ». Elle avait entendu Brassens, dans une interview, raconter que dans la cave de certains bars des Halles on trouvait encore dans les années 50 des ossements de l'ancien cimetière des innocents qui avait été là, et l'idée lui vint que tous ces os qui peuplaient le monde souterrain de Paris pouvaient bien, peut-être, renaître au mouvement et attaquer les vivants... 

Elle fût coupée dans son angoisse par la voix terrestre de la jeune jacteuse accrochée à son téléphone comme en 2001 :
« Ouais il faut que je ferme ma fenêtre, hé hé les gens sont flippés comme des gros malades ! ». Gloria dans l'obscurité qui s'éclaircissait à mesure que ses yeux s'y habituaient avait l'impression de distinguer la pâleur et l'hébétude de ses camarades de galère. Et tous ces visages torturés étaient tournés vers la jeune-femme qui n'avait pas cessé de palabrer. C'était une situation traditionnelle du RER : celle où une seule personne dérange tout le wagon et où personne n'ose rien dire. Mais cette fois, exprimer son malaise et la nécessité du silence était une question de vie ou de mort. Le bruit pouvait attirer l'attention des crevés, et cette fille avec sa voix suraigüe était un danger public. Lisa alla fermer sa fenêtre et le fpoum monumental ne la faisant pas taire, elle ajouta d'un ton calme et meurtrier : «  tu veux tu pas fermer ta gueule ou tu veux crever, ostie de calisse de guidoune ! ». Sans une parole de plus la jeune femme raccrocha. Maintenant que les fenêtres étaient closes et que la conversation avait cessé, la voiture était livrée au silence des hommes. Des dents claquaient comme extérieures à elle, mais Gloria savait que c'étaient les siennes, et elle avait froid, bien qu'elle ait aussi très chaud. Le long de son dos, et entre ses cuisses, glissaient des gouttes glacées.

Lisa récupérait les valises des voyageurs pour les mettre le long des portes. Elle était comme un enfant à la plage qui pense sans trop y croire que les murailles de sable qu'il érige contre la mer résisteront à la marée. Un type vînt la voir. Dans l'obscurité, Lisa pouvait seulement imaginer qu'il était grand, qu'il était sûrement brun, qu'il portait un bermuda, une chemise à manches courtes et une drôle de casquette. Il lui dit avec un fort accent américain mais dans un bon français : « Bonjour, mon nom est Holden, et je pense avoir quelque chose qui peut vous intéresser. » Lisa chercha Gloria du regard mais celle-ci demeurée immobile, le dos encore collé aux portes coulissantes, était invisible dans cette obscurité granuleuse. Holden était en attente, et Lisa se demandait pourquoi ce type était venu lui parler, car bien que naturellement confiante, cela faisait maintenant suffisamment de temps qu'elle vivait en région parisienne pour ne pas se méfier des propositions des inconnus. Mais elle haussa les épaules et dit à Holden : « Moi c'est Lisa, vas-y montre ton truc ! ».

 Holden était installé dans le dernier booth du wagon, celui qui était près de la porte coulissante qui mènerait soit à la prochaine voiture, soit à la cabine du conducteur. Lisa pensa à leur quête, elle se fît la réflexion que depuis que le train était plongé dans l'obscurité, le chauffeur n'avait pas parlé et qu'on pouvait désormais penser à l'éventualité qu'il soit mort, qu'il soit zombifié, ou pire qu'une division de morts-vivants aient envahi sa cabine. Et en regardant les portes alors que l'américain était penché sur ses sacs, Lisa finit sa pensée à voix haute et dit « … et nous n'avons même pas de vraies armes... ». Holden la regarda puis s'écarta, il avait ouvert un grand sac noir et en présentait le contenu à Lisa.
À l'autre bout de la voiture, Gloria essayait de juguler sa peur. Elle avait encore en main l'appareil photo, et son sac sur son épaule... Elle l'ouvrit et bu une gorgée de l'eau tiédasse de sa bouteille de volvic. Elle regarda autour d'elle les ombres pixelisées en attente de quelque chose. Les bruits de grognements devenaient plus distincts, et il lui semblait que des animaux sauvages étaient sur le toit qui résonnait et vibrait comme s'il était couvert d'une meute de chien, ou pire, d'un troupeau de loups affamés et assoiffés de sang. Les visages qui, il y a quelques instants fixaient la bavarde, étaient tournés vers le plafond. Elle entendait des murmures plus proches et plus articulés, elle voulu se rapprocher de ce son rassurant et prit conscience qu'elle n'avait pas bougé depuis qu'elles étaient entrées dans ce wagon, qu'en revanche Lisa n'était plus près d'elle, et cette pensée lui donna le vertige : «Où est Lisa ? Où est Lisa ? » commença-t-elle à penser jusqu'à ce qu'elle finisse par le prononcer tout haut, tout en se dirigeant vers le murmure continu... 

Gloria tâtonnait, elle ne voyait pas assez, et elle se sentait prise dans un tourbillon glacé, dans un vortex aspirant. Le monde était obscurité, chaleur, bruits cauchemardesques. Pourtant tout en douceur une main s'approcha, puis se posa sur son épaule, et cette sensation, ce contact humain calma le vacarme des pensées de Gloria, elle se tourna en demandant « Lisa ? ». Une vielle antillaise au visage ridé et souriant lui répondit : « Seigneur, Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de nous, pauvres pécheurs ». Du regard, elle invita Gloria à s'assoir en face d'elle. La vieille dame finit de répéter sa prière, et regarda calmement la jeune tueuse de zombies : « comment t'appelles-tu? », « Gloria », « c'est un beau nom, Gloria, tu veux prier avec moi ? Le seigneur Jésus-Christ t'aime, et il t'accueillera à bras ouverts dans son royaume ». « Je suis désolée, madame...? », « Franny », « Vraiment?... Je suis désolée je dois retrouver Lisa, Jésus-Christ c'est pas trop mon style, je lui préfère Alice Cooper et toute la clique des rock stars du monde. », « tant pis pour toi ! » répondit Franny, comme si Gloria lui avait raconté avoir rejoint Satan au croisement de deux chemins dans le fin fond de la Louisiane. Gloria se leva et en posant sa main sur l'épaule de Franny qui avait repris sa litanie, la bénit de tous les esprits du blues et du rock'n'roll.

Comment avait-elle pu oublier la musique ? Si elle devait crever, il fallait le faire en rythme et avec style, alors de son sac, elle sortit ses écouteurs, les brancha à son blackberry, et sur shuffle, l'animal électronique eut l'extrême ironie de lui servir un highway to hell, alors que justement elle se sentait sur la pente de l'enfer ou plutôt des enfers. Et sur les riffs des guitares tétanos, Gloria reprit sa déambulation dans l'allée immobile du train. Elle n'entendait plus ni la meute, ni les prières, ni l'appel de la mort, elle n'entendait plus que le courant alternatif de ACDC. Elle cherchait la tête blonde de sa camarade de tranchée, et la vit réapparaître, sortie du dernier booth, avec un homme brun d'environ trente cinq ans. Elle se dit que Lisa avait profité de ses dernières minutes pour prendre son pied une dernière fois avant l'attaque, mais elle changea de théorie lorsqu'elle vit que tous deux se présentaient à elle avec des épées aux poings. Gloria arrêta la musique et se précipita vers eux : « Holden, je te présente Gloria, Gloria, voici Holden, il était à l'hôtel à Robinson, avec une équipe de junior en escrime et c'est lui qui était en charge de porter le matériel », « Oui, ajouta Holden, on était en stage en France », il donna un fleuret à Gloria ainsi qu'un masque et des protections. Lisa fit signe aux autres voyageurs qui venaient dans leur direction de venir s'équiper...

Et toujours: merci à Marie Minute dont vous devez découvrir le formidable blog, pour sa relecture attentive de ma prose.
Liste des épisodes parus : undeuxtroisquatrecinqsix  SeptHuitNeuf et Dix

jeudi 25 juillet 2013

Stratégie dans le souterrain ( épisode 7 de Des zombies dans le RER)



Retrouvez ici les épisodes un, deux, trois, quatre, cinq et six


« ça n'est pas cohérent, s'arrêta Gloria, les gens auraient pu descendre à St-Michel... on dirait qu'ils ne remarquent rien, que ça ne change rien à leur quotidien, même s'il y a des cadavres qui jonchent le sol... et ça pue la mort. » « Oui mais tu as vu les gens? répondit Lisa, c'est le matin, personne ne parle, ils dorment à moitié ! Quand tu as crié « au loup !», ils t'ont regardé comme une folle. Si ça ne rentre pas dans leurs cases et qu'ils ne comprennent pas, et bien ça n'existe pas, et c'est tout! ». « Oui mais nous, pourquoi on s'est planqués ? pourquoi on n'est pas passés par le quai pour aller prévenir le chauffeur, et pourquoi on n'a pas tiré l'alarme? Elle reprend son souffle pour exprimer plus lentement la question qui la taraude : « Et là... on dirait qu'il n'y a plus de zombies... On va arriver à Châtelet, on va sortir du RER... Il y aura tous ces cadavres et nous on sera emprisonnés pour meurtre, parce que qui nous croira?... Il n'y avait pas de zombies à St-Michel! »
Lisa pose son sac à dos sur un strapontin propre: « Tu sais quoi, on va continuer notre avancée, on va au moins aller à la prochaine voiture, histoire de ne pas descendre d'un wagon plein de chair humaine, d'accord ? Mais avant ça, on va se changer. J'ai des lingettes, tout ça, et je vais te prêter mes vêtements, comme ça on n'aura pas l'air de meurtrières et si on peut sortir à Châtelet, s'il n'y a pas de zombies à Châtelet, ils se débrouilleront sans nous pour chercher à comprendre cette histoire ! ça te va? » Gloria fit oui avec la tête. Lisa lui tendit des lingettes, et elles s'essuyèrent le visage en regardant leur reflet dans les vitres taguées au cutter du RER B. Lisa avait une bouteille d'eau minérale. Elle bu et s'en versa sur la tête pour faire glisser le sang de ses cheveux, Gloria en fît autant. Toutes deux reprenaient visage humain. Lisa passa un short et un teeshirt à Gloria qui se déshabilla et roula ses anciens vêtement sous un siège. Dans son sac, elle avait une paire de converse, et elle abandonna ses escarpins, pour les enfiler. « J'avoue que j'avais mal aux pieds avec ces trucs, mais ils étaient beaux... enfin...avant! ».
Tout à coup le train s'arrêta et l'électricité fut coupée. Gloria utilisa son portable comme lampe, et Lisa referma son sac qu'elle remit sur le dos. Elle se réarma du marteau et de la casserole, et Gloria de l'appareil photo. Elles étaient à l'affût. En silence elles saisirent cette opportunité pour se transbahuter dans le wagon suivant. « Pschitt » fit la porte coulissante. Dans l'obscurité étouffante un frisson leur parcourut l'échine. Ni l'une, ni l'autre n'auraient pu expliquer cette sensation, mais dans la chaleur, le froid et la peur avaient gagné leurs âmes. Quelque chose semblait se déplacer dans l'air, une rumeur, comme l'écho lointain de hurlements. Lisa se colla à Gloria : «  Peut-être qu'on devrait marcher dans le tunnel, revenir à St-Michel et sortir par là-bas? ». Mais l'écho semblait venir des deux côtés, des cris déchirants les prenaient en sandwich, et plus elles tendaient l'oreille plus elles percevaient la spécificité des douleurs humaines, et celles des grognements.
« Que fait-on? » chuchota interrogativement Lisa
« j'ai une idée absurde... Pour survivre en temps d'apocalypse zombie, il faut s'éloigner des zones d'habitation urbaine... Je n'ai pas de voiture... et même si j'en avais une... fuir par la route, ça signifierait être coincée dans les embouteillages... tandis que si on peut prendre le contrôle du RER on pourra rejoindre une banlieue campagnarde ou arrêter le train au milieu de nulle part. Peut-être que le train peut même rejoindre les lignes de TER et qu'on pourrait aller jusqu'à la mer... prendre un bateau... »
« Tu divagues ! » affirma Lisa.
«... Je ne sais pas conduire, mais je sais naviguer. En tout cas, il faut rejoindre le conducteur et faire en sorte que le train ne s'arrête pas à Châtelet, ni à Gare du nord. Il ne faut pas qu'il s'arrête à une gare souterraine sinon on ne s'en sortira jamais.  Et dès qu'on passe Châtelet je pourrais appeler une copine obsédée par les zombies, elle s'arrange pour trouver une voiture et on la retrouve avec tous ceux qu'on aura pu joindre à ce lieu de rendez-vous... Mais d'abord il faut rejoindre le conducteur. »
« Ok, chuchota Lisa, ton plan est poétique, mais imagine que le chauffeur est mort, qu'il est devenu zombie ou bien qu'il n'a pas le contrôle du train, que c'est une sorte de système semi-téléguidé. Ensuite les voies sont probablement bloquées, ça n'est pas un plan réaliste, et là il faut survivre. »
« le train nous protège des zombies, ça nous emprisonne avec eux si on est à l'intérieur, mais c'est plus facile à défendre que de se balader dans le noir dans les tunnels. Pour l'instant il est arrêté donc, nous, on peut avancer, et si le chauffeur est mort on pourra toujours tenter de communiquer avec sa radio, il doit bien en avoir une, et se faire guider dans les tunnels pour atteindre des escaliers qui mènent à l'extérieur. Là ça te semble moins poétique comme plan? »
« Là oui, j'ai l'impression que tu saisissais l'opportunité d'une attaque zombie pour passer à l'acte et vivre des fantasmes anarchistes! »
Gloria explosa de rire et dit «  bien vu! », mais son rire fît écho sur les parois du tunnel, se déforma, devînt diabolique et effrayant, et les grognements leurs semblèrent tout à coup plus proches, plus forts, plus rapides. Sans hésiter, un seul instant, sans se demander ce qui les attendait de l'autre côté, elles ouvrirent le passage vers le wagon suivant...
À suivre
Merci à Marie Poisson Rouge, ma secrétaire de rédaction.
Liste des épisodes parus : undeuxtroisquatrecinqsix  SeptHuitNeuf et Dix


mercredi 24 juillet 2013

Girls just wanna have fun ( épisode 6 de Des zombies dans le RER)

Retrouvez les épisodes un, deux, trois, quatre et cinq .
« À combien de voitures tu crois qu'on est de la cabine du conducteur? » demanda la blonde alors que les deux filles franchissaient les portes entre les wagons du train qui s'était mis en route. Sur la petite plateforme entre les deux voitures, le vent du tunnel vrombissait dans un vacarme d'enfer et c'est avec certitude que Gloria hurla : «  J'en ai aucune idée! ». Cette fois la vitre était claire on pouvait voir à travers, les deux filles avaient le nez collé dessus et observaient comme à l'aquarium municipal des zombies qui déambulaient au milieu des cadavres. « Gloups! » fit Gloria.
 Sa voisine lui dit « Moi c'est Lisa, et que tu me crois ou non j'ai fait un camp de survie de lutte contre les zombies, et là faut qu'on traverse ». « Moi c'est Gloria, répondit-elle d'une voix fluette », « Quoi ? Hurla Lisa », « Gloria, hurla en retour Gloria », «  Voilà c'est vachement mieux comme ça! ». Lisa avait un accent québécois à couper au couteau. « T'es touriste? Affirma Gloria... Tu devrais mettre ton sac-à-dos sur le ventre, ça ferait bouclier ! », « Ouais mais sur le dos ça leur permet aussi de pas m'chopper par derrière ! Tu vois là les grosses valises abandonnées par les touristes morts? » « Oui! » « Bin on va entrer le plus silencieusement possible et on va les attraper pour en faire des boucliers. Bon moi des zombies j'en compte 4, mais ceux-là par terre, ils peuvent se transformer alors au fur et à mesure on leur écrabouille la tête, Ok ? On fait comme les cops dans les films, on avance dos à dos et on couvre toute la surface, on a pas de temps à perdre... y a beaucoup de monde au prochain arrêt? » « À St-michel ? Grave ! », « Ok t'es prête? ». La double porte s'ouvre lentement dans son souffle pneumatique asthmatique, Gloria et Lisa restent immobile mais prêtes à bondir attendant une réaction des morts-vivants. Les quatre zombies continuent à déambuler comme des poissons dans leur bocal, ou des personnages de jeu vidéo coincés face à un mur. Gloria et Lisa se mettent en marche. Le sol est jonché de cadavres, et en même temps qu'elles avancent vers les grosses valises à roulettes corsetées dans quinze tonnes de cellophane, elles regardent l'état des morts.
 Certains ont la tête explosée ou dévorée, mais lorsque ce n'est pas le cas, Lisa qui a emprunté à Gloria son marteau fait de la bouillie de ce qui leur reste de visage, et Gloria enfonce le talon de ses escarpins dans leur crâne. Les deux grosses valises bloquent le passage. Gloria ne peut pas s'empêcher de penser à quel point elles ont dû faire chier les autres voyageurs. Lisa se faufile pour se cacher derrière la première et la pousse vers l'avant, Gloria juste derrière elle tient l'appareil photo par le zoom, elle l'a bien en main, il ne va pas falloir faiblir. En s'approchant du premier zombie qui se met à grogner et à accélérer vers elle Lisa qui tient d'une main la casserole et de l'autre le marteau, se lève d'un coup, lâche la valise ouvre les bras et se sert des deux instruments comme d'un marteau et d'une enclume. La tête du zombie fait un bruit de steak haché sous plastique qu'on écrabouille du pied, et comme Lisa remet ça il y a comme un bruit de gong qui sort les autres morts-vivants de leur léthargie déambulatoire... Il n'y a pas une seconde à perdre le train va entrer en gare de St-Michel, Gloria avec une énergie et une passion qu'elle ne se connaissait pas abandonne la grosse valise pour défoncer la tête du premier zombie qui vient vers elle d'un coup d'appareil photo qui le fait tomber à terre. Puis elle lui marche sur le crâne pour s'attaquer au prochain pendant que Lisa fait résonner son gong pour tuer la femme obèse qui se précipitait pour lui dévorer le cerveau. Splash, gong, c'est sa mélodie, tandis que celle de Gloria est paf, scriiitch...SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZ !
Le train va entrer à St-Michel, il ralentit. Julie chuchote « il n'y a pas moyen qu'on tienne à deux toutes les portes, alors planquons nous. » Elles reprennent place derrière les valises. Gloria jette un oeil dehors comme il est 8h45, c'est l'heure qu'elle voit affichée sur le quai, elle pourrait encore se rendre à son entretien. C'est étrange de se dire qu'après avoir tué des zombies on pourrait reprendre la vie de tous les jours. Bien sûr elle n'est plus du tout présentable son chignon n'a pas supporté sa rage, sa chemise blanche, comme son jean sont maculés de sang, de sueur et d'amas gélatineux rouge, ses escarpins autrefois beiges sont maintenant sanglants... Il n'y a pas de doute dans cette tenue de tueuse personne n'hésiterait à l'engager. Cette pensée la fait sourire.
Il est 8h45 à St-Michel Notre Dame, et le quai n'est pas trop peuplé. Avec un peu de chance personne n'entrera dans leur wagon. Cachées les filles entendent une des portes qui souffre. Il n'y a pas de grognements dehors. Tout semble presque normal. Une voix tonitruante déclare: « What happened here? It stinks, no wonder there is no one in this car ! Let's get to the next one ! ». Pour Gloria et Lisa il se passe la même chose que quand dans un métro bondé on s'aperçoit qu'il y a trois places libres, mais en s 'approchant on découvre que la troisième est occupée par un SDF qui sent très mauvais, et que les gens préfèrent s'agglutiner en se bouchant le nez plutôt que de s'asseoir. Lisa se rapproche de Gloria et dit « on dirait qu'il n'y a pas de zombies, on devrait peut-être sauver nos peaux et sortir de là pendant qu'il en est encore temps.  Et je te paie une bière ! » Sans hésiter Gloria se lève pour sortir.
 Mais le signal du départ sonne, et ni elle ni  Lisa n'ont le temps d'atteindre les portes. Quand le train démarre elles sont toutes les deux debout, dépitées, ensanglantées et regardent les gens qui ont couru sur le quai pour monter dans ce RER et ont raté le train de l'enfer. « Tabernacle ! dit Lisa, on aurait pu boire une bière », à cela Gloria répond: « on avance? »
à suivre...
Et merci à Marie-Minute d'être ma secrétaire de rédaction :-)
Liste des épisodes parus : undeuxtroisquatrecinqsix  SeptHuitNeuf et Dix




mardi 23 juillet 2013

"Train arrêté entre deux stations, merci de ne pas descendre sur la voie" (épisode 5 de Des zombies dans le RER)



 Retrouvez ici les épisodes un, deux, trois, quatre
Cela faisait maintenant une demi-heure que le RER était coincé entre les gares de Luxembourg et Saint-Michel. Le blackberry de Gloria ne captait pas, elle n'avait pas de réseau, ici il n'y avait jamais de réseau. La chaleur dans le wagon devenait étouffante, toujours assise sur son strapontin en vinyle, Gloria sentait de grosses gouttes couler le long de ses cuisses, mais ni elle, ni personne ne se plaignait. Le comptable qui avait été mordu suait abondamment, et un gamin de 17 ans avec un regard de tueur le fixait.
Au bout du wagon les doubles portes pneumatiques s'ouvrirent et un homme armé d'un piquet de tente sanglant entra. Il traversa le wagon en silence et si tout le monde le suivait du regard, personne ne dit rien, ils ne voulaient pas savoir... Mais Gloria si: « c'est comment dans le reste du RER? Vous avez traversé combien de wagons? Vous allez où? ». L'homme se retourna vers elle. Il devait avoir une trentaine d'années mais il semblait avoir pris mille ans dans la dernière heure, son regard était épuisé. Il portait la chemisette bleue des jeunes papas qui travaillent pour moins de deux milles euros dans un boulot d'avenir: la banque, l'ingénierie whatever. Il regardait Gloria abasourdi, le spectacle de cette petite brune assise sur un strapontin les talons dans une flaque de chair et de sang armée d'un appareil photo et d'un marteau. Il répondit « quoi? » puis se reprit «  je vais chercher des secours... une femme s'est fait arraché le bras dans notre wagon... je vais voir le chauffeur, il faut que les pompiers viennent... » la panique qui montait en lui fit craquer le silence comme un vieil oeuf pourri. L'homme qui avait été mordu hurla «  Oh mon dieu, oh mon dieu, j'ai été mordu par une tête décapitée!» Et le gamin qui le fixait depuis tout à l'heure dit :«  Toi tu ne bouges pas, quand tu tourneras je m'occuperais de ta gueule! » posé à côté de lui il y avait une bande dessinée, un exemplaire de The Walking Dead.
 Le comptable se mit à paniquer «  oh mon dieu, oh mon dieu, il faut aller chercher des secours! ». Gloria dit au banquier « je viens avec vous! ». Elle ouvrit la première double porte entre les wagons, l'homme la suivît. « Je m'appelle Steven, dit-il » elle répondit ironiquement en tendant sa main « enchantée, moi c'est Gloria ». La première porte se referma derrière Steven et Gloria. « à tout hasard, vous n'avez pas été mordu? » demanda-t-elle « Non! » affirma Steven. Gloria avait joué les fières à bras, mais entre deux wagons avec la nuit autour et une sorte de silence plein, elle était envahie par la terreur. Elle souffla lentement pour se donner du courage. Steven regardait à travers les vitres mais elles étaient couvertes de sang. 
Il posa l'oreille contre la porte « Normalement ils grognent. Gloria se mit à claquer des dents, elle se disait « pourquoi je ne suis pas restée sur mon strapontin? » Elle n'avait pas fini de mentalement prononcer cette phrase que la porte pneumatique s'ouvrait laissant glisser lentement un cadavre qu'on avait laissé là. Ce mouvement amorça un cri de guerre « Ils reviennent à l'attaque » et Steven eut à peine le temps de crier « Nooooooooon! » qu'il se prit un coup de couteau dans l'oeil, Gloria hurla. Le jeune garçon qui avait attaqué Steven n'en croyait pas ses yeux, il recula et laissa tomber le couteau en disant «  je suis désolé, je suis désolé! » pendant que Steven s'écroulait au même rythme que le cadavre qui venait de glisser entre les portes. Gloria passa par dessus lui. Tout le monde dans le wagon la regardait, son coeur battait à 200 à l'heure. Il y avait ce jeune-garçon qui venait de tuer Steven qui était prostré dans un coin entouré de ses copains, qui lui disaient « Tu ne pouvais pas savoir! » et l'un d'eux se retourna vers Gloria et dit « vous auriez pu frapper! ». Le sol était jonché de morceaux de cadavres. Gloria qui avait la gorge prise dit d'abord faiblement puis plus fort « il faut prévenir, le conducteur, il ne s'est pas déplacé quand l'alarme a été tirée, lui c'était Steven, on allait le prévenir, je ne peux pas y aller toute seule j'ai trop peur, il faut qu'on y aille à plusieurs, s'il vous plait... »... Gloria se rendit compte qu'elle sonnait comme une mendiante, et que les gens assis dans ce wagon avaient détourné leur regard d'elle comme si elle leur avait demandé un travail ou des tickets restos. Cette réalisation la remis d'attaque « hé ho je ne fais pas la manche-là! Qui vient avec moi pour qu'on puisse prévenir le chauffeur... sortir de la zone habitée, et s'en sortir en se protégeant à la cambrousse? Si nous voulons nous en sortir il faut s'entraider, en plus on est pas sûrs que ce qu'on sait des zombies est vrai, mais au cas où vous auriez des doutes, il faut viser la tête! » Une jeune-femme blonde qui avec un gros sac à dos se leva et dit « moi je viens avec toi, j'ai une casserole, on pourra se défendre. Le problème c'est qu'on ne peut pas communiquer avec les autres wagons... » Gloria dit « je viens du wagon juste avant, et il y a juste un type qui a été mordu, mais un jeune fan de The Walking Dead l'a à l'oeil, je ne sais pas d'où venait Steven, je ne sais pas combien de voitures il avait traversé, je sais que dans la voiture d'où il venait, une femme s'est fait arracher le bras... »
Le discours de Gloria fût interrompu par le crépitement de la radio du conducteur « Mesdames, et messieurs il semble que notre train va pouvoir repartir, merci de votre patience ». La fille au sac-à-dos de camping, dit « maintenant il ne faut pas tarder! » elle sortit sa casserole de son sac et se mit en route vers la prochaine voiture. Gloria la suivit.
Fin de l'épisode 5
Merci à Marie-Minute ma secrétaire de rédaction.
liste des épisodes parus : undeuxtroisquatrecinqsix  SeptHuitNeuf et Dix

jeudi 18 juillet 2013

Le rêve ( épisode 3 de Des zombies dans le RER)


résumé des épisodes précédents: Gloria sans le savoir a échappé de peu à un mouvement de foule aux halles qui a créé un drame d'après les journaux il y aurait 6 morts et 25 blessés. Les quais concernés de Châtelet ont été vidé et le trafic sur les lignes A et B a été bloqué jusqu'à 22H. Demain Gloria doit prendre le RER B a une heure d pointe pour se rendre à un rendez-vous professionnel.
Cliquez ici pour lire l'épisode 1 et ici pour l'épisode 2

Gloria s'agite dans son lit, la couette a volé en éclat, elle nage dans sa propre transpiration, l'été est chaud certes, mais les images de ses rêves la font ruisseler. Et elle se débat dans une flaque de sang. Quand elle essaie de se lever, elle glisse, et l'obscurité est emplie de corps qui se meuvent comme des reptiles, le bruit qu'ils produisent est celui de la chaire déchiquetée. L'odeur est celle de l'étal du boucher et il y a cette autre impression olfactive qu'elle ne connait pas, mais qu'elle identifie quand elle glisse sur un corps déformé par la putréfaction: le ventre gonflé explose et l'odeur la prend à la gorge, et elle vomit ses tripes. Derrière le concert de grognements, elle entend «  il m'a mordu ce con », elle regarde son bras sur lequel tirent d'autres bras décharnés. Elle veut hurler mais ne peut pas. Trempée, elle se réveille dans l'obscurité la plus totale. 

Elle est tremblante d'effroi. À tâtons elle cherche son paquet de cigarettes et son briquet, lorsqu'elle saisit la boite en carton au lieu d'une main ou d'un corps, elle est déjà rassurée puis la flamme et le petit grésillement du clope la ramènent à la réalité. Elle ne va pas se rendormir de sitôt. La voix de la femme criant : «  il m'a mordu ce con » l'obsède. Elle ouvre son ordinateur et va sur twitter. Elle cherche #zombies #chatelet #leshalles, ça ne donne pas grand chose. Elle écrit « J'étais sur le quai  juste avant l'accident et une femme a hurlé « il m'a mordu ce con » qui d'autre est témoin? #accident #rerb #leshalles ». Il est quatre heures du matin et tout le monde dort sauf les américains, elle tweete de nouveau « quelqu'un qui était aux halles pendant l'accident a-t-il rêvé de zombies #accident #rerb ». Sa cigarette se consume dans son impatience d'une réponse. Elle laisse là twitter pour lire différents articles à propos de l'accident. Sa démarche lui fait penser à celle du jeune-homme dans le premier des films Destination Finale... Elle rit et se demande si elle échappé à la mort et si celle-ci la fera s'électrocuter après avoir glissé sur une savonnette. Les films Destination Finale sont drôles mais si la mort veut y mettre son grain de sel, une rupture d'anévrisme, ou une maladie fulgurante sont moins suspectes qu'une électrocution, après pendouillage et glissage sur savonnette.
Gloria essaie de penser à autre chose, demain elle a cet entretien pour travailler dans un magasin de chaussures, sa pensée a décidément du mal à contenir cette éventualité, et ses doigts l'emmènent directement sur le PDF du manuel de survie en territoire zombie. Elle avait demandé plusieurs noëls d'affilée une batte de baseball, mais ne s'intéressant pas à cette activité sportive personne ne l'avait prise au sérieux. La seule chose qu'elle pouvait utiliser comme arme, était le marteau qu'elle avait acheté chez bricomarché histoire de pouvoir planter un clou, qu'elle n'avait jamais planté. Elle mit le marteau dans son sac, retourna dans son lit et s'endormit.
Tulululu tulululu tulululu sonne le téléphone malin, il lui donne un choix : soit elle éteint la sonnerie pour de bon, soit celle-ci se réenclenchera dans 5 minutes, dans la torpeur de cette décision à prendre ses yeux à peine entre-ouverts se referment et « tulululu tulululu » résonne et resonne le maudit téléphone. Cette fois elle éteint la sonnerie et ouvre le téléphone, la lumière rouge de sa mûre clignote, et gling et gling et gling, ses tweets de zombies ont fait des heureux... Personne pour partager son cauchemar ou son angoisse mais beaucoup de twitterers amusés par l'idée de la morsure, qu'elle soit acte d'érotisme, de cannibalisme ou de perversion... « l'homme qui mordait les épaules des femmes». Parfois c'est étrange de se retrouver si nombreux sur un quai de train sans que personne d'autre ne sache partager ce qu'il sait, ce dont il est témoin sur twitter. Gloria, G.l.o.r.i.A se vêt, prépare son café, et s'en va prendre le RER B à une heure de pointe...

Gloria pense: « le gros avantage d'être en Europe, enfin sur le continent, en cas d'attaque de zombies c'est que sur nos tombes, il y a des grosses pierres bien lourdes (Bon c'est vrai que celles du Père Lachaise sont pas mal fissurées, mais ces zombies-là il ne doit pas leur rester beaucoup de chair.). Donc les morts sont retenus à l'intérieur ou au moins jusqu'à ce qu'ils comprennent qu'il faut creuser sur le côté. »
Dans tous les scenarii qu'elle s'était fait en cas d'attaque de zombies, elle ne voyait pas comment sa survie était possible. Elle habitait dans la région la plus dense en habitations en France: La région parisienne, l'Ile de France, dans un immeuble sans double-vitrages, et son appartement était au rez de chaussée. Et puis elle n'avait pas de char d'assaut et encore moins de voiture. Elle prenait les transports en commun et surtout le RER B qui a la réputation de transformer les vivants en monstres, en morts debout ( car il y a rarement des places assises).
Ce matin sur le site de la RATP, ou sur twitter, il n'y avait rien à signaler et tout semblait aller bien. Sur un quai normalement peuplé, elle n'attendit que 3 minutes l'arrivée de son train qui lui aussi était normalement rempli. Elle put s'assoir dans le sens inverse de la marche en face d'un couple de touristes qui avaient eu l'intelligence de mettre leurs valises sur la grille, peut-être que les autres usagers avaient préféré une solution de rechange.
Fin de l'épisode 3
liste des épisodes : undeuxtroisquatrecinqsix  SeptHuitNeuf et Dix
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...