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vendredi 16 août 2013

Zombie Fashion Week ( épisode 10 de Des zombies dans le RER)

Retrouvez ici les épisodes undeuxtroisquatrecinqsix  SeptHuit et Neuf

 Dans l'obscurité, s'entraînait la dizaine d'usagers équipée de matériel d'escrime. C'était Holden qui menait le ballet : « l'avantage que nous avons avec l'escrime c'est que nous pouvons garder une certaine distance de sécurité avec l'ennemi. Le bras gauche, ou le bras droit si tu es gaucher, reste en arrière, le bras droit plié vers toi, et là tu l'étends, et tu vises entre les deux yeux, et tu forces suffisamment pour percer le crâne de ces saloperies, Tchak, en garde...»
Et la lumière fut !
Il fallu quelques secondes aux yeux des voyageurs pour se réhabituer à la luminosité, et ces quelques secondes de pause de pensées et de visions furent interrompues par les hurlements de surprise et de peur des voyageurs : les vitres étaient couvertes des visages de zombies, qui excités par la lumière et les hurlements se mirent à grogner, à taper, à grouiller plus intensément et surtout à essayer de pénétrer dans le train. Ces êtres décharnés au regard vide et blanc dont les mâchoires semblaient mastiquer sans fin poussaient et cognaient sur les vitres et les portes. Le bruit était intolérable, et ne laissait pas d'espace de pensée. Les escrimeurs se tenaient en cercle tournés vers l'extérieur et en garde pour être prêts à défoncer les monstres, les autres voyageurs s'étaient éloignés des vitres, on avait pris soin de poser des mains sur les bouches des hurleurs et des hurleuses afin de les faire taire, et de calmer si possible l'excitation des morts-vivants. Les costauds étaient près des portes, afin de les maintenir fermée, car si un écoulement se produisait dans le flux des zombies, les humains de ce wagon seraient perdus. Il s'agissait de tenir le siège.
Gloria, pour la première fois, prenait le temps d'observer ses ennemis. Elle les avait visualisés comme des squelettes reconstitués des cimetières souterrains et ancestraux de Paris mais la plupart d'entre eux étaient des cadavres à peu près frais. Elle reconnaissait les cadres moyens du RER qui malgré leurs membres décharnés portaient encore leur chemisette bleu ciel parfaitement amidonnée au pli de la manche, les secrétaires administratives avec leurs lunettes sans bord aux branches métalliques colorés avec leur coupe de catalogue de coiffeur des années 90 et leur pendants qui commençaient à accélérer le déclin de leurs lobes d'oreilles, les jeunes-hommes qui hier encore trempaient leurs cheveux dans le gel et leur corps dans l'Axe portaient des chemises moulantes à couleurs douteuses et inscription en anglais, et laissaient sous des jeans délavés et mal coupés apparaître leurs fessier dans des calbutes moulants Calvin Klein, les doudous africaines et les blédards en costume trois pièce violets, les touristes à bermuda, maillot de foot et croks... Elle pouvait encore reconnaître la population du RER B à son style vestimentaire et son caractère d'urgence demandant action immédiate de la part de la police de la mode... les vêtements n'avaient pas changé, ce qui avait changé c'étaient les corps. Damia chantait : « sous la chemise, il y a la peau » nous rappelant que sous l'absurdité du costume comme rôle social et comme seconde peau que nous portons il y a notre sensualité, notre animalité et une humanité plus profonde qui vit de peau à peau avec les autres, les proches et le monde des sens, mais maintenant il n'y avait plus de peau sous les vêtements. Il y avait des chairs à vif et en putréfaction, des ongles qui glissant contre les vitres se brisaient et restaient là, les bouts de derme tombaient comme de la pluie, et les cadavres en marche semblaient se délester de leur trop-plein de vie se vidant de leur sang désormais inutile.
Holden claqua des doigts devant les yeux de Gloria perdue dans sa contemplation du spectacle de la déchéance. Elle sursauta, et le regarda. Il lui fit signe de tourner sa tête vers la gauche... les portes qui connectaient les wagons ensemble étaient en train de s'ouvrir. Holden et Gloria se mirent en garde, quand venant de l'ouverture parvint une voix tonitruante qui gueula « Contrôle des tickets! ». Gloria mis sa main sur sa fesse gauche là où se trouvait habituellement dans ses jeans son pass navigo, mais elle avait oublié qu'elle s'était changée, et pensa ô horreur absolue, qu'elle l'avait laissé dans son pantalon ensanglanté sous le siège de la précédente voiture. Plus que les zombies, cette pensée lui donna un instant des sueurs froides... les zombies, à la rigueur, elle pouvait les défoncer tandis que les contrôleurs lui feraient 1: payer une amende et 2 : il faudrait qu'elle se rachète un pass vu qu'elle n'avait pas pris la version intégrale pour ne pas être fichée dans ses mouvements par la RATP, la SNCF, les services secrets français, et maintenant on le savait grâce à Snowden par la CIA ou la NSA, elle ne savait plus. 
Le contrôleur qui pénétra avec son pantalon carotte en tweed vert kaki et sa chemisette ridicule eut un mouvement de recul voyant Holden armé et prêt à tuer, et ce mouvement de recul fût sa perte, car ses collègues derrière lui: la fille à dread locks avec sa chemise mal ajustée à cause de ses trop grosses épaulettes, le gros black dont le ventre faisait exploser les boutons de sa chemisette, la vieille au cheveux violets en brosse (coiffure originairement attribuée aux fleurs d'artichauts), et le petit mec de cinquante balais avec son armée d'accessoires de ceinture et de porte-clefs, eux avaient été zombifiés, donc ils l'attrapèrent et le mordirent aux épaules. Du moins deux d'entre-eux, les autres avançaient, toujours aussi organisés que pour contrôler les tickets, mais cette fois ils étaient là pour manger des cerveaux.
Holden connaissait ses classiques francophones et en dépliant le bras pour porter le premier coup fatal à la contrôleuse rastafarienne il dit «Et à la fin de l'envoi je touche» tchak ! Elle s'écroula, et autant que faire se peut Lisa et Gloria imitèrent Holden pour se débarrasser à la fois de la victime et de ses deux agresseurs, pendant qu'Holden se chargeait des cibles plus mouvantes. Lisa dont le sang froid et la capacité d'action ne cessaient d'épater ses partenaires «c'est l'adrénaline ! » avait profité de l'ouverture des portes pour jeter un oeil derrière le groupe de zombies kakis. Et c'est la larme à l'oeil qu'elle put bien remarquer que le prochain cercle de l'enfer qu'elles voulaient traverser avait été décimé et rendu grouillant par le petit groupe d'hommes et de femmes de la RATP. « Quand on en aura fini avec ceux-là faudra que tu te plaigne à la RATP que les contrôleurs ont essayé de nous bouffer ! ». Ils n'avaient pas sitôt refermé les portes et repoussé les agents au purgatoire des wagons que c'étaient les portes de l'autre côté qui s'ouvraient pour laisser passer un zombie probablement d'un millésime moins contemporain car il portait des cuissardes de cavalier, sur pantalon jodhpurs et chemise de lin. Impeccablement stylé bien qu'intensément décomposé, il avait un monocle vissé à celui de ses yeux qui ne pendouillait pas et une petite moustache à la Clark Gable. Lisa poussa un cri du coeur : 
« Oh My God ! Un zombie vintage! »

Et toujours: merci à Marie Minute dont vous devez découvrir le formidable blog, pour sa relecture attentive de ma prose.
Liste des épisodes parus : undeuxtroisquatrecinqsix  SeptHuitNeuf et Dix




vendredi 26 juillet 2013

Le réseau contre-attaque ( épisode 8 de Des zombies dans le RER)




 Retrouvez ici les épisodes undeuxtroisquatrecinqsix et Sept

À peine entrées, elles restèrent dos et sac-à-dos tout contre la porte. L'obscurité n'était pas totale, de-ci de-là des écrans éclairaient des visages qui ressemblaient aux planètes étranges qu'on aurait pu apercevoir dans une autre galaxie. Ces têtes étaient si pâles et sans vie qu'il vint à l'idée de Gloria que les zombies pouvaient s'intéresser à internet et aux jeux vidéos. En bruit de fond on entendait les mouvements parasitaires d'une « dance » hystérique que quelqu'un devait écouter trop fort avec un casque de mauvaise qualité. Ça sentait l'Axe, la friture, la transpiration, et ce parfum féminin que Gloria ne connaissait pas par son nom mais par son odeur acide, acride, qui la prenait à la gorge à chaque fois qu'elle en percevait la senteur dégueulasse. ça ne sentait ni le sang, ni la chair pourrie. 
« Gling » et « gling » et « gling » cette guirlande de bruits venant de son portable fit fuir dans l'instant toute chaleur de son corps, lui serra la poitrine jusqu'à l'explosion, pour remplacer le tout par du chagrin. Lisa, à côté d'elle, pâle comme un linceul prépara sa casserole et son marteau. Aucune des planètes ne leva les yeux vers elles, et dans l'immobilité obscure d'autres portables se manifestaient auxquels leurs propriétaires répondaient: « Ouais on a été coupé... Nan je ne te faisais pas une blague... On a tenu les portes avec Mimoune pour les empêcher d'entrer. Y'avait un gars là, un mec tout greums avec des lunettes et une voix de meuf qui arrêtait pas de nous expliquer des trucs pendant que les zombies poussaient... ouais il était relou, mais attends... » la voix féminine se mit à chuchoter mais elle ne savait pas faire, tous ses mots se distinguaient parfaitement: « C'est un peu horrible ce qu'on a fait et y a ses copains qui nous font la gueule maintenant... Quand l'attaque a eu lieu on s'est tous parlé, mais là ils font semblant d'être absorbés par leurs tablettes... Mais bon je te raconte, t'es pas patiente... Donc, attends j'ai un double appel... ouais... c'est ma mère, je lui réponds, je te reprends après... allo maman... Mais je ne sais pas Maman... Il est neuf heure du mat' sans déconner, tu crois que je peux répondre à ça à 9h du mat' ?... De la pizza... Mais, putain, pourquoi tu me demandes si tu as déjà décidé ? Bon je te rappelle plus tard, j'étais en ligne avec Nathalie...
 Ouais t'es là ?... Bon je disais quoi ?... Ah ouais, donc voilà mon chéri et moi on essayait que les portes elles s'ouvrent pas donc, et les autres gens du wagon, ils essayaient de tenir les autres portes aussi... parce que quand on est arrivés à Luxembourg et qu'on a vu cette foule de barges, bah je te jure que j'étais pas fière et que tu vois Mimoune il m'a fait regarder tous les épisodes de The Walking Dead et que j'avais pas envie de finir en pâté pour zomezome, tu vois... Oui le gars, donc il parlait, en plus il ne s'adressait qu'à moi, genre « y'aurait moyen » Mais grave pas, gars, t'as vu ta tronche et ton look? Les mecs ils ne se voient pas, je te jure... Bah attends je te dis... Bah y a un grand costaud, il s'appelle André qui lui a dit de nous laisser nous concentrer, l'autre continuait à Jacter et il devenait vulgaire... Si, si... Il a dit que dans dix minutes je le sucerais sur la banquette parce que j'ai un gros cul et qu'il kiffe les gros cul, moi je lui ai dis « c'est pas parce que tu kiffes les gros culs, que les gros culs te kiffent... c'est pas réciproque connard » là il a sorti son canif... Si, si je te jure! L'était tout ptit!... hé hé ouais sûrement... Nan mais arrête tes conneries, nous on luttait contre les zombies qui essayaient de rentrer et le geek là, il avait une montée de sève, et il pensait qu'il allait pouvoir me prendre là comme ça, comme un chihuahua qui s'attaque à la jambe de sa maîtresse... Ouais, ouais, il a pété un cablo... hé hé, il m'a vue en réincarnation de Buffy et ça lui a causé une érection et une rupture d'anévrisme ou un truc comme ça, parce qu'il était dangereusement con... Ouais ou il avait peur de mourir puceau... Oups ! ...Donc comme il ne voulait pas se taire et qu'ils nous empêchait de nous concentrer... je te jure même ses potes lui disaient de fermer sa gueule, bin André nous a dit de lâcher un peu les portes, il a pris le ptit gars squelettique et il l'a balancé aux zombies, bin crois-le ou pas, ils ont arrêté de nous soûler pour le becqueter et on n'a plus eu besoin de tenir les portes... et là le train s'est mis en marche, et André a dit qu'on avait encore 4 nerds pour les prochains arrêts, et c'est là que les gars on ne les a plus entendu et depuis ils nous font la gueule... Ils ont pas d'humour ces gens-là je te jure...» Gloria cessa d'écouter l'histoire de la jeune-femme et regarda ses messages.
Sur twitter elle avait été retweetée mais elle ne semblait pas être prise au sérieux. Beaucoup de twitterers écrivaient : « Ah ah c'est sûr que le matin les gens ressemblent à des morts.», «le RER m'a tuer», «le RER m'a bouffé le cerveau», « Mon cerveau a cuit et je suis devenu un zombie»... Mais en dehors de ces messages là, beaucoup des gens qu'elle suivait et qui généralement critiquaient le RER envoyaient des tweets de ce style : «aaaaaaaxnnnnnneghfqisjoazndugfk<ouffff,qhugfyzgdiaioodlqqqq »...

Merci à Marie-Minute de corriger mes fautes :-)
Liste des épisodes parus : undeuxtroisquatrecinqsix  SeptHuitNeuf et Dix

jeudi 25 juillet 2013

Stratégie dans le souterrain ( épisode 7 de Des zombies dans le RER)



Retrouvez ici les épisodes un, deux, trois, quatre, cinq et six


« ça n'est pas cohérent, s'arrêta Gloria, les gens auraient pu descendre à St-Michel... on dirait qu'ils ne remarquent rien, que ça ne change rien à leur quotidien, même s'il y a des cadavres qui jonchent le sol... et ça pue la mort. » « Oui mais tu as vu les gens? répondit Lisa, c'est le matin, personne ne parle, ils dorment à moitié ! Quand tu as crié « au loup !», ils t'ont regardé comme une folle. Si ça ne rentre pas dans leurs cases et qu'ils ne comprennent pas, et bien ça n'existe pas, et c'est tout! ». « Oui mais nous, pourquoi on s'est planqués ? pourquoi on n'est pas passés par le quai pour aller prévenir le chauffeur, et pourquoi on n'a pas tiré l'alarme? Elle reprend son souffle pour exprimer plus lentement la question qui la taraude : « Et là... on dirait qu'il n'y a plus de zombies... On va arriver à Châtelet, on va sortir du RER... Il y aura tous ces cadavres et nous on sera emprisonnés pour meurtre, parce que qui nous croira?... Il n'y avait pas de zombies à St-Michel! »
Lisa pose son sac à dos sur un strapontin propre: « Tu sais quoi, on va continuer notre avancée, on va au moins aller à la prochaine voiture, histoire de ne pas descendre d'un wagon plein de chair humaine, d'accord ? Mais avant ça, on va se changer. J'ai des lingettes, tout ça, et je vais te prêter mes vêtements, comme ça on n'aura pas l'air de meurtrières et si on peut sortir à Châtelet, s'il n'y a pas de zombies à Châtelet, ils se débrouilleront sans nous pour chercher à comprendre cette histoire ! ça te va? » Gloria fit oui avec la tête. Lisa lui tendit des lingettes, et elles s'essuyèrent le visage en regardant leur reflet dans les vitres taguées au cutter du RER B. Lisa avait une bouteille d'eau minérale. Elle bu et s'en versa sur la tête pour faire glisser le sang de ses cheveux, Gloria en fît autant. Toutes deux reprenaient visage humain. Lisa passa un short et un teeshirt à Gloria qui se déshabilla et roula ses anciens vêtement sous un siège. Dans son sac, elle avait une paire de converse, et elle abandonna ses escarpins, pour les enfiler. « J'avoue que j'avais mal aux pieds avec ces trucs, mais ils étaient beaux... enfin...avant! ».
Tout à coup le train s'arrêta et l'électricité fut coupée. Gloria utilisa son portable comme lampe, et Lisa referma son sac qu'elle remit sur le dos. Elle se réarma du marteau et de la casserole, et Gloria de l'appareil photo. Elles étaient à l'affût. En silence elles saisirent cette opportunité pour se transbahuter dans le wagon suivant. « Pschitt » fit la porte coulissante. Dans l'obscurité étouffante un frisson leur parcourut l'échine. Ni l'une, ni l'autre n'auraient pu expliquer cette sensation, mais dans la chaleur, le froid et la peur avaient gagné leurs âmes. Quelque chose semblait se déplacer dans l'air, une rumeur, comme l'écho lointain de hurlements. Lisa se colla à Gloria : «  Peut-être qu'on devrait marcher dans le tunnel, revenir à St-Michel et sortir par là-bas? ». Mais l'écho semblait venir des deux côtés, des cris déchirants les prenaient en sandwich, et plus elles tendaient l'oreille plus elles percevaient la spécificité des douleurs humaines, et celles des grognements.
« Que fait-on? » chuchota interrogativement Lisa
« j'ai une idée absurde... Pour survivre en temps d'apocalypse zombie, il faut s'éloigner des zones d'habitation urbaine... Je n'ai pas de voiture... et même si j'en avais une... fuir par la route, ça signifierait être coincée dans les embouteillages... tandis que si on peut prendre le contrôle du RER on pourra rejoindre une banlieue campagnarde ou arrêter le train au milieu de nulle part. Peut-être que le train peut même rejoindre les lignes de TER et qu'on pourrait aller jusqu'à la mer... prendre un bateau... »
« Tu divagues ! » affirma Lisa.
«... Je ne sais pas conduire, mais je sais naviguer. En tout cas, il faut rejoindre le conducteur et faire en sorte que le train ne s'arrête pas à Châtelet, ni à Gare du nord. Il ne faut pas qu'il s'arrête à une gare souterraine sinon on ne s'en sortira jamais.  Et dès qu'on passe Châtelet je pourrais appeler une copine obsédée par les zombies, elle s'arrange pour trouver une voiture et on la retrouve avec tous ceux qu'on aura pu joindre à ce lieu de rendez-vous... Mais d'abord il faut rejoindre le conducteur. »
« Ok, chuchota Lisa, ton plan est poétique, mais imagine que le chauffeur est mort, qu'il est devenu zombie ou bien qu'il n'a pas le contrôle du train, que c'est une sorte de système semi-téléguidé. Ensuite les voies sont probablement bloquées, ça n'est pas un plan réaliste, et là il faut survivre. »
« le train nous protège des zombies, ça nous emprisonne avec eux si on est à l'intérieur, mais c'est plus facile à défendre que de se balader dans le noir dans les tunnels. Pour l'instant il est arrêté donc, nous, on peut avancer, et si le chauffeur est mort on pourra toujours tenter de communiquer avec sa radio, il doit bien en avoir une, et se faire guider dans les tunnels pour atteindre des escaliers qui mènent à l'extérieur. Là ça te semble moins poétique comme plan? »
« Là oui, j'ai l'impression que tu saisissais l'opportunité d'une attaque zombie pour passer à l'acte et vivre des fantasmes anarchistes! »
Gloria explosa de rire et dit «  bien vu! », mais son rire fît écho sur les parois du tunnel, se déforma, devînt diabolique et effrayant, et les grognements leurs semblèrent tout à coup plus proches, plus forts, plus rapides. Sans hésiter, un seul instant, sans se demander ce qui les attendait de l'autre côté, elles ouvrirent le passage vers le wagon suivant...
À suivre
Merci à Marie Poisson Rouge, ma secrétaire de rédaction.
Liste des épisodes parus : undeuxtroisquatrecinqsix  SeptHuitNeuf et Dix


jeudi 18 juillet 2013

Le rêve ( épisode 3 de Des zombies dans le RER)


résumé des épisodes précédents: Gloria sans le savoir a échappé de peu à un mouvement de foule aux halles qui a créé un drame d'après les journaux il y aurait 6 morts et 25 blessés. Les quais concernés de Châtelet ont été vidé et le trafic sur les lignes A et B a été bloqué jusqu'à 22H. Demain Gloria doit prendre le RER B a une heure d pointe pour se rendre à un rendez-vous professionnel.
Cliquez ici pour lire l'épisode 1 et ici pour l'épisode 2

Gloria s'agite dans son lit, la couette a volé en éclat, elle nage dans sa propre transpiration, l'été est chaud certes, mais les images de ses rêves la font ruisseler. Et elle se débat dans une flaque de sang. Quand elle essaie de se lever, elle glisse, et l'obscurité est emplie de corps qui se meuvent comme des reptiles, le bruit qu'ils produisent est celui de la chaire déchiquetée. L'odeur est celle de l'étal du boucher et il y a cette autre impression olfactive qu'elle ne connait pas, mais qu'elle identifie quand elle glisse sur un corps déformé par la putréfaction: le ventre gonflé explose et l'odeur la prend à la gorge, et elle vomit ses tripes. Derrière le concert de grognements, elle entend «  il m'a mordu ce con », elle regarde son bras sur lequel tirent d'autres bras décharnés. Elle veut hurler mais ne peut pas. Trempée, elle se réveille dans l'obscurité la plus totale. 

Elle est tremblante d'effroi. À tâtons elle cherche son paquet de cigarettes et son briquet, lorsqu'elle saisit la boite en carton au lieu d'une main ou d'un corps, elle est déjà rassurée puis la flamme et le petit grésillement du clope la ramènent à la réalité. Elle ne va pas se rendormir de sitôt. La voix de la femme criant : «  il m'a mordu ce con » l'obsède. Elle ouvre son ordinateur et va sur twitter. Elle cherche #zombies #chatelet #leshalles, ça ne donne pas grand chose. Elle écrit « J'étais sur le quai  juste avant l'accident et une femme a hurlé « il m'a mordu ce con » qui d'autre est témoin? #accident #rerb #leshalles ». Il est quatre heures du matin et tout le monde dort sauf les américains, elle tweete de nouveau « quelqu'un qui était aux halles pendant l'accident a-t-il rêvé de zombies #accident #rerb ». Sa cigarette se consume dans son impatience d'une réponse. Elle laisse là twitter pour lire différents articles à propos de l'accident. Sa démarche lui fait penser à celle du jeune-homme dans le premier des films Destination Finale... Elle rit et se demande si elle échappé à la mort et si celle-ci la fera s'électrocuter après avoir glissé sur une savonnette. Les films Destination Finale sont drôles mais si la mort veut y mettre son grain de sel, une rupture d'anévrisme, ou une maladie fulgurante sont moins suspectes qu'une électrocution, après pendouillage et glissage sur savonnette.
Gloria essaie de penser à autre chose, demain elle a cet entretien pour travailler dans un magasin de chaussures, sa pensée a décidément du mal à contenir cette éventualité, et ses doigts l'emmènent directement sur le PDF du manuel de survie en territoire zombie. Elle avait demandé plusieurs noëls d'affilée une batte de baseball, mais ne s'intéressant pas à cette activité sportive personne ne l'avait prise au sérieux. La seule chose qu'elle pouvait utiliser comme arme, était le marteau qu'elle avait acheté chez bricomarché histoire de pouvoir planter un clou, qu'elle n'avait jamais planté. Elle mit le marteau dans son sac, retourna dans son lit et s'endormit.
Tulululu tulululu tulululu sonne le téléphone malin, il lui donne un choix : soit elle éteint la sonnerie pour de bon, soit celle-ci se réenclenchera dans 5 minutes, dans la torpeur de cette décision à prendre ses yeux à peine entre-ouverts se referment et « tulululu tulululu » résonne et resonne le maudit téléphone. Cette fois elle éteint la sonnerie et ouvre le téléphone, la lumière rouge de sa mûre clignote, et gling et gling et gling, ses tweets de zombies ont fait des heureux... Personne pour partager son cauchemar ou son angoisse mais beaucoup de twitterers amusés par l'idée de la morsure, qu'elle soit acte d'érotisme, de cannibalisme ou de perversion... « l'homme qui mordait les épaules des femmes». Parfois c'est étrange de se retrouver si nombreux sur un quai de train sans que personne d'autre ne sache partager ce qu'il sait, ce dont il est témoin sur twitter. Gloria, G.l.o.r.i.A se vêt, prépare son café, et s'en va prendre le RER B à une heure de pointe...

Gloria pense: « le gros avantage d'être en Europe, enfin sur le continent, en cas d'attaque de zombies c'est que sur nos tombes, il y a des grosses pierres bien lourdes (Bon c'est vrai que celles du Père Lachaise sont pas mal fissurées, mais ces zombies-là il ne doit pas leur rester beaucoup de chair.). Donc les morts sont retenus à l'intérieur ou au moins jusqu'à ce qu'ils comprennent qu'il faut creuser sur le côté. »
Dans tous les scenarii qu'elle s'était fait en cas d'attaque de zombies, elle ne voyait pas comment sa survie était possible. Elle habitait dans la région la plus dense en habitations en France: La région parisienne, l'Ile de France, dans un immeuble sans double-vitrages, et son appartement était au rez de chaussée. Et puis elle n'avait pas de char d'assaut et encore moins de voiture. Elle prenait les transports en commun et surtout le RER B qui a la réputation de transformer les vivants en monstres, en morts debout ( car il y a rarement des places assises).
Ce matin sur le site de la RATP, ou sur twitter, il n'y avait rien à signaler et tout semblait aller bien. Sur un quai normalement peuplé, elle n'attendit que 3 minutes l'arrivée de son train qui lui aussi était normalement rempli. Elle put s'assoir dans le sens inverse de la marche en face d'un couple de touristes qui avaient eu l'intelligence de mettre leurs valises sur la grille, peut-être que les autres usagers avaient préféré une solution de rechange.
Fin de l'épisode 3
liste des épisodes : undeuxtroisquatrecinqsix  SeptHuitNeuf et Dix

mercredi 17 juillet 2013

L'incident de voyageur ( épisode 2 de Des Zombies dans le RER)





épisode 2 : 
résumé de l'épisode précédent: après avoir vendu des livres chez Gibert, Gloria veut prendre le RER B mais les trains n'arrivent pas quand elle sent monter un mouvement de foule parce qu'une femme a crié qu'elle avait été mordue, elle change de plan et prend la ligne 4

La ligne 4 était un autre paradis à touristes, et les gens vaguement accrochés aux barres centrales tournoyaient, valdinguaient, bruissaient. Il n'y avait pas de places assises, de grosses américaines harassées squattaient les strapontins, et dans les booths de quatre places des hommes de toutes les tailles laissaient les femmes se tenir de bout. Gloria se disait que le mouvement même serré dans ce sauna était mieux que l'immobilité angoissante du quai du RER B, elle irait jusqu'à Porte d'Orléans et de là elle prendrait un bus.
Dans cette moiteur qui ne pouvait être supportable que si on ne faisait pas le moindre mouvement, au milieu des diverses odeurs de transpiration humaine, elle n'avait plus, comme tout le monde qu'à attendre que ça passe. Sa lecture elle l'avait vendue, donc il lui restait pour l'heure et demie à venir de transport à lire sur son téléphone malin les aventures des autres usagers de la galère quotidienne. Le hashtag, #qml quoi ma ligne envahissait toute sa time line de twitter. Comme d'habitude les gens râlaient à cause du manque d'information, de l'horreur de se sentir comme dans un wagon à bestiaux, ni la sncf ni la RATP ne semblaient vouloir informer les voyageurs, qui attendaient en colère sur les quais ou bloqués dans les tunnels sous la terre, attendant le prophétique message du conducteur disant « nous repartons dans quelques instants » ou bien « soyez patient »... Gloria cliqua sur quelques articles ne concernant pas les transport et les lus. Peu à peu le métro se vidait et l'air circulait.
Demain elle avait rendez-vous à 9h pour un entretien d'embauche, et de sa journée d'aujourd'hui elle avait tiré 12 euros et 3 heures dans les transports.
En arrivant chez elle, elle ouvrit la porte du balcon pour laisser passer l'air, et aussi les bruits du dehors, les camions citerne qui passent à toutes blindes et font vibrer les murs, les gamins des voisins qui ne partent pas en vacances et jouent sur leur terrasse. Elle se pose en tailleur sur le sol, et tout s'écroule. Peut-être que sa vie a un sens mais l'été, cet été n'en a pas, pourquoi rester ici si c'est pour perdre son temps dans les transports, alors qu'au bord de la mer elle irait partout en trois coups de pédales, mais abandonnerait du coup sa vie sociale et aussi toute chance de trouver un taf digne de ce nom.
Le téléphone sonne, c'est son ex, le nom s'affiche en toutes lettres sur l'écran bleu du blackberry, pourquoi il appelle? Et elle ne l'a pas effacé de ses contacts. Elle hésite à décrocher, puis elle préfère savoir en direct plutôt que d'écouter un message. Pas de nouvelles depuis 3 mois, il a coupé les ponts du jour au lendemain après avoir dis « Adios amiga je ne suis pas amoureux » Ok ! Elle non plus elle n'était pas amoureuse mais il avait dû rencontrer quelqu'un pour être dans cette urgence du largage. Ça avait été humiliant cette histoire alors elle répondît au téléphone par un « Quoi? » sec et haineux.
« Putain, tu réponds, ouf! Tu as twitté que c'était la merde aux halles, et puis après tu n'écris plus rien, avec ce qui est arrivé je me suis inquiété!
  • Tu lis mes tweets toi? Tu me stalk? Wow...
  • Wow quoi? Tu parles québécois toi? C'est quoi ce franglais? On ne se parle plus mais c'est pas pour ça que je ne veux pas avoir de tes nouvelles!
  • Bin tu vois j'ai toujours le même numéro de téléphone, et je suis chez moi tranquille et je me dis « mais pourquoi cet abruti me téléphone? »
  • t'as pas vu?
  • Quoi?
  • Ma vieille allume ta télé parfois, je n'ai même pas envie de te raconter, je suis content que tu sois vivante, un jour il faudra qu'on se prenne un café pour que tu me racontes ta vie... je te laisse te tenir au courant.
  • Whatever... salut!
  • Salut »
Elle raccroche hésitant à téléphoner à une amie pour raconter cet événement... « il se tient au courant », elle prend son ordinateur qui avait été laissé allumé sur Adopte, histoire de laisser là la ligne pour voir quels poissons elle pourrait pêcher, elle ne regarde même pas la tête des merlans, elle s'en fiche plus ou moins aujourd'hui. C'est injuste de se faire larguer avant même de se connaître et d'avoir eu la moindre chance de tomber amoureux, mais bizarrement il l'espionnait, c'est un peu valorisant. « bien l'actualité...Châtelet... »
« Drame à Châtelet
Alors que le RER B ENZO entrait en gare de Les Halles un mouvement de foule inexpliqué a fait tomber 15 personnes sur la voie. La panique du mouvement a provoqué divers malaises individuels et la nécessité d'évacuer le quai des RER A et B. La station RER des Halles est réputée pour être le deuxième lieu public le plus dangereux d'Europe. L'évacuation a posé des problèmes majeurs pour éviter les paniques. D'après les pompiers et la gendarmerie il y aurait 6 morts et 25 blessés. Le trafic parisien a été sérieusement ralenti et on estime que les RER A et B devraient recommencer à circuler aux environ de 22h. »
« Merde, se dit-elle, il faudra que je me tienne au courant demain matin pour voir si tout fonctionne, sinon il faudra que je prenne une autre route... ». Elle passa le reste de cet après-midi là chez elle. Entre 19 et 20h50 alors que l'info faisait le tour de France son téléphone sonna sans cesse, car tout le monde savait que Gloria prenait souvent le RER B, qu'il était son ennemi juré, sa plaie quotidienne et qu'elle le haïssait suffisamment pour en devenir une victime. Mais son instinct et son impatience l'avait sauvée des mouvements de foule, et le jour où elle aurait à lutter pour sa vie dans le RER n'était pas encore arrivé... Cependant...
Fin de l'épisode 2 «  à suivre... »
liste des épisodes : undeuxtroisquatrecinqsix  SeptHuitNeuf et Dix

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